Bnr. 711: Portaalkraan (1938)

En 1996 la grue Gusto était détruite
Le 23 mars 1996 le quotidien parisien Libération titrait « Saint-Nazaire envoie sa «grand-mère» à la casse. La vieille grue des chantiers navals paraît condamnée »

Extraits

La «grand-mère» ira à la casse en juin. La grand-mère, c’est ainsi que les métallos surnomment la grue Gusto des chantiers navals de Saint-Nazaire, construite entre 1936 et 1937. Pourtant, la grand-mère a failli être classée Monument historique en 1992 par les services du Patrimoine. Sa mise hors service en 1980 marquait l’abandon du rivetage pièce à pièce des éléments de coque au profit de la soudure des tôles préfabriquées par ensembles pouvant atteindre 240 tonnes – la capacité théorique de levage de la «Gusto». La grue pèse le quart du poids de la tour Eiffel. En volume, c’est la cathédrale de Nantes. Vertalen

Accusateur, l’auteur de l’article écrivait : Tous les partenaires la jugeaient pourtant digne d’être conservée. Sauf la ville de Saint-Nazaire. Du coup, le département de Loire-Atlantique et la région ont fait marche arrière, bien que la direction des chantiers ait été prête à apporter 1,5 million de francs, le coût de la démolition. Une somme qui suffirait, selon les conservateurs du Patrimoine, à sécuriser au minimum la grue pour dix ans.

Militant d’une association de défense de la grue, Bernard André soupire: «Elle avait fait un sans-faute pour parvenir au classement, mais le maire de Saint-Nazaire semble faire une fixation psychanalytique sur cet objet.» «Et le ministère, ajoute-t-il, ne joue pas le jeu à fond. Contrairement à l’esprit de la loi de 1913 sur les monuments historiques, l’Etat doit passer outre l’avis des élus locaux, en fonction d’intérêts scientifiques, historiques et patrimoniaux.»

Directeur de cabinet du maire de Saint-Nazaire, Jean-Marie Tassel renchérit: «Aucun argument sur la mémoire de la ville ne nous a été apporté. On n’aperçoit pratiquement pas la grue hors de l’enceinte des chantiers. Faut-il faire une fixation sur les objets monumentaux? Soit l’Etat décrète la grue d’importance nationale et paie tout. Soit c’est d’intérêt local mais là, nous avons d’autres priorités, comme la base sous-marine allemande» autour de laquelle la ville veut mener une grosse opération d’urbanisme entre le centre-ville et le port ». Mais «le patrimoine, c’est toute l’épaisseur, la trace, les repères d’évolution de notre société qui sont en jeu», rétorque un fonctionnaire du Patrimoine. Vertalen

Gusto Penhoet 1950

1950, la ” grand-mère” dans la force de l’age
– Collection David Silvestre Trinieg –

En 2002 l’universitaire Gracia Dorel – Ferré écrivait : Cet objet technique majeur était encore en fonction dans le port de Saint Nazaire en 1980. La plus grande d’Europe dans les années trente, cette grue avait été le produit d’innovations techniques, telle que la préfabrication d’éléments de sa structure. Ni les Chantiers de l’Atlantique, ni la ville de Saint-Nazaire, plus préoccupée de construire l’image « soft » du port d’attache des palaces flottants, n’ont voulu entendre les arguments et les projets de ceux qui voulaient donner une seconde vie à cet équipement, ferraillé du jour au lendemain.
Si en 1996, l’alliance de circonstance de deux conservatismes – un gouvernement de droite (1er ministre Balladur) et une mairie classée à gauche – eut raison de « la grand-mère », il en fut tout autrement à Nantes avec le classement en 2005 de la grue Titan. En 2010, cet objet industriel est en passe de devenir l’une des cartes de visite de la capitale bretonne. Quand un défenseur du patrimoine industriel déclarait en 1996 que le pouvoir municipal nazairien semblait faire une fixation psychanalytique sur cet objet, il annonçait la suite avec une mise en valeur quasi obsessionnelle de la base des sous-marins du III e Reich au détriment du passé ouvrier et industriel de Sant-Nazer. En 2010, il faut aller à Sydney pour trouver la plus grande grue navale du monde depuis la mise à mort de sa grande sœur bretonne. Il n’est pas encore trop tard pour sauvegarder un autre monument de l’histoire industrielle du pays nazairien : les Forges de Trignac, où est né en 1879 le concept de sidérurgie sur l’eau. Vertalen

Gusto Penhoet 1950 Boom navale

– Collection David Silvestre Trinieg –

Sur cette magnifique carte postale de 1950 on constate que l’activité de la construction navale à Penhoet est alors en plein boom. Entre 1946 et le milieu des années 1950, les chantiers navals nantais et nazairiens prirent une part très importante dans la reconstruction de la flotte marchande française. En 1946 les FANE ( Forges et Aciéries du Nord et de l’Est ) qui contrôlaient des Forges de Trignac avaient décrété que leur usine bretonne ne réouvrirait pas, estimant qu’elle n’avait pas d’avenir faute de débouchés. Rappelons que la spécialité des Forges brièronnes était la production de tôles pour les navires… Vertalen

bron: credibsantnazer.hautetfort.com
foto: Gemeentearchief Schiedam / fotograaf: Onbekend


Stichting Erfgoed Werf Gusto 2018